Comment l’espèce humaine survivra à l'économie du XXIème siècle

Le credo de l’ancienne économie

Lorsque j’étais étudiant au début des années 1990, l’économie était une science humaine. Après vingt années passées dans ce secteur déterminant de la culture contemporaine, comme entrepreneur, financier et observateur, je ne suis plus tout à fait certain que l’économie soit encore une science. Et je suis de plus en plus convaincu qu’elle se déshumanise.

Mes maîtres m’avaient alors appris quelques vérités que je tenais pour d’immuables évidences. Leur credo était fondé sur le triptyque suivant :

– « il n’est de richesses que d’hommes » (Jean Bodin) : là où sont les hommes, là est la croissance, l’espoir, le dynamisme, la créativité humaine. « Regardez la démographie d’un pays, et vous verrez sa richesse future ». L’économie était bien une science humaine.

– « le temps ne respecte pas ce qui se fait sans lui » (Paul Morand) : éloge de la durée, de l’investissement sur le court terme et le long terme. En économie, pas de précipitation : le temps joue pour vous. Le temps est l’ami de l’argent : les taux d’intérêt en témoignent.

l’argent est si rare, et si précieux, qu’il coûte cher. Il ne peut donc être confié qu’à des personnes expérimentées et prudentes: les banquiers. Ceux qui sont capables d’identifier et de comprendre les risques. La finance, « au service de l’économie », est une affaire sérieuse à ne pas mettre entre les mains de n’importe qui.

World FinanceOr, en 20 petites années, passées à travailler dans le monde de l’entreprise et de la finance, j’ai vu chaque pan de ce triptyque s’effondrer sous mes yeux, au fur et à mesure que s’installait la « nouvelle économie ». Celle dans laquelle le monde entier baigne aujourd’hui.

Le sujet ici n’est pas de rouvrir le débat usé de l’ancienne économie – celle des siècles passés – sur les bienfaits et les excès du capitalisme. Avec le commerce mondial, qui a brassé et rapproché les peuples, aidant à la circulation libre des marchandises, des idées et des hommes, le capitalisme, malgré des crises spectaculaires, a significativement augmenté l’espérance et la qualité de vie des hommes et des femmes, ainsi que les idéaux de liberté et de démocratie qui sont les miens. Alors que son alternative, le socialisme, aussi pavé soit-il de bonnes intentions, a plongé des peuples entiers, certains pour plusieurs générations, dans la nuit totalitaire ; la barbarie des goulags et des camps de concentration ; le viol permanent des consciences et la torture des corps.

La problématique du temps présent est la suivante : les 7,2 milliards d’êtres humains qui habitent cette petite planète sont-ils encore capables de s’adapter à la nouvelle économie ? Une économie qui n’obéit pas à des règles, mais à des pulsions, interactions
et phénomènes qui font voler en éclat toutes nos représentations passées, et semble vouloir sortir les êtres humains de son équation.